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Journal de bord autour d’un pigment mythique (Partie 3)

Partie 3 : La pâte d’extraction, ou l’art de négocier avec une pierre Il y a un moment assez étrange dans ce processus. Un moment où l’on regarde sa poudre de lapis lazuli soigneusement broyée. . . puis où l’on commence volontairement à la mélanger à de la cire chaude, des résines collantes et une pâte qui ressemble progressivement à quelque chose entre une préparation d’apothicaire médiéval et un caramel particulièrement agressif. Mais ça encore un peu de patience, c’est une histoire que je te conterai dans la Partie 4 de ce journal de bord. Aujourd’hui je te souhaite la bienvenue dans le laboratoire de cuisine, le moment de sélectionner ses précieux ingrédients ! Une recette ancienne… et étonnamment intelligente La méthode que j’utilise ici est inspirée des procédés décrits par Cennino Cennini, dans Il Libro dell’Arte. Le principe est simple en apparence :Utiliser une pâte composée de résines et de cire pour séparer mécaniquement les particules de lazurite des autres composants du lapis lazuli. On parle  » d’extraction graisseuse ». Simple en théorie. Dans la pratique ?Disons que les résines ont parfois leur petit caractère. . . Pourquoi utiliser une pâte grasse ? Question légitime. Après tout, pourquoi ne pas simplement broyer la pierre et utiliser directement la poudre ? Techniquement, c’est possible.Et d’ailleurs, c’est ce qui a souvent été fait pour des usages plus simples. Mais lorsqu’on cherche un pigment d’exception, capable de produire ce bleu outremer profond et lumineux, il faut aller plus loin. Le lapis lazuli est une roche composée de plusieurs minéraux : ( Et si je t’apprends quelque chose, c’est que tu n’es pas allé voir la Partie 1 de ce journal donc je t’invite à y aller toute suite !) L’objectif de l’extraction graisseuse est donc de : Autrement dit :on ne va pas “fabriquer” un bleu. On va le trier. Les ingrédients de la pâte d’extraction C’est là que la recette devient fascinante. Car chaque ingrédient possède une fonction très précise. 🌲 La colophane : la structure La colophane (= résine de pin) constitue l’ossature de la pâte. Elle apporte : C’est elle qui permet à la pâte de rester stable pendant le malaxage. Mais attention :Trop de colophane, et la pâte devient presque jalouse de son bleu. Elle le garde prisonnier, et bye bye, tu ne retrouveras plus jamais ton bleu que tu auras broyés avec beaucoup d’amour, de souffrance, et de sueurs. . . pendant de longues. . . et longues heures. Oui, vraiment, c’est là que tu pourras pleurer. 🌿 Le mastic : l’équilibre Le mastic agit comme un régulateur. Il apporte : Sans lui, la pâte peut devenir cassante ou irrégulière. Avec lui, elle devient plus flexible. . . et légèrement moins susceptible de se comporter comme une brique résineuse dans l’eau chaude. Ce qui est plutôt appréciable. 🐝 La cire d’abeille : la plasticité La cire d’abeille transforme la structure résineuse en une véritable pâte malléable. Elle permet : C’est elle qui rend possible le fameux moment où la pâte commence doucement à “s’ouvrir” pendant l’extraction. Mais là aussi, l’équilibre est délicat. Trop de cire : Pas assez : Une question d’équilibre Tu l’auras donc compris, ce qui est fascinant dans cette recette, c’est qu’il n’existe pas vraiment de formule universelle, tout est une question d’équilibre. Chaque atelier, historiquement, adaptait : La pâte idéale doit être : En résumé :Elle doit accepter de relâcher le bleu. . . sans se désintégrer au passage. Ce qui, honnêtement, relève déjà d’un très beau compromis. Et ensuite ? Une fois la pâte prête, commence l’étape la plus fascinante du processus : le malaxage dans l’eau chaude. Mais ça on a dit que c’était pour une autre fois . . . NinaAlchimiste du Lapisorium ✨

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Journal de bord autour d’un pigment mythique (Partie 2)

Partie 2 : Le broyage Bon. Il faut qu’on parle du moment le plus fatiguant de cette aventure : Le broyage. Oui, celui où ton magnifique lapis lazuli, soigneusement sélectionné, avec ses reflets célestes et ses petites paillettes dorées. . . devient. . . de la poussière. Voilà l’ambiance. Le moment où tu trahis la pierre (un peu) Il y a toujours une micro seconde d’hésitation. Ce moment où tu regardes ta pierre et tu te dis :“est-ce que je suis vraiment en train de faire ça ?” Et la réponse est oui. Parce que pour révéler le bleu, il faut passer par là.Il faut casser, réduire, fragmenter. 👉 Le beau caillou instagrammable ? terminé👉 Bonjour la poudre bleue (et un peu partout, évidemment) Pourquoi broyer ? Question simple, réponse essentielle. Le lapis lazuli est une roche compacte.Et pour accéder à la lazurite — ce fameux bleu — il faut augmenter la surface de contact. En gros :plus c’est fin, plus on pourra travailler la matière efficacement ensuite. C’est une étape de préparation, mais aussi une étape décisive. Un mauvais broyage, et toute la suite devient . . . disons, compliquée. La théorie. . . et la réalité En théorie, on recommande un broyage autour de 100 microns. Sur le papier, c’est parfait. Dans la vraie vie ? Le lapis lazuli n’est pas exactement connu pour sa docilité. C’est un matériau : Alors de mon côté, je préfère pousser le broyage un peu plus loin, autour de 200 microns. Pas par amour du détail (enfin . . . pas seulement).Mais surtout pour éviter les galères plus tard, notamment lors du passage à la molette. Disons que j’anticipe. Et que j’essaie de rester en bons termes avec mon matériel. Une étape répétitive . . . mais indispensable Le broyage, ce n’est pas spectaculaire. C’est long.C’est répétitif.Et soyons honnêtes : ça peut être un peu ingrat (bonjour les tendinites!) Mais c’est aussi un moment très particulier. Le geste devient mécanique.Le bruit régulier s’installe.La matière change lentement, presque discrètement. Et sans vraiment s’en rendre compte, on entre dans une sorte de rythme. Un entre-deux étrange :ni vraiment techniqueni complètement méditatif Mais quelque chose qui s’en rapproche. Et le bleu dans tout ça ? C’est peut-être le plus frustrant. À ce stade, le bleu n’est pas encore spectaculaire.Il est là, oui . . . mais encore contenu, caché. On ne voit pas encore ce fameux outremer profond. Et pourtant, tout se joue ici. Chaque grain réduit, chaque passage de broyage, prépare la révélation à venir. En résumé Le broyage, c’est : Et accessoirement . . . accepter que tu vas retrouver du bleu dans des endroits improbables pendant les prochains jours. (même dans ton nez! Le mouchage de schtroumpfs c’est magique!) Et ensuite ? Une fois la poudre obtenue . . . on entre dans le cœur du processus. Celui où la matière va commencer à réagir. Où le bleu va, enfin, commencer à se libérer. Mais ça, c’est une histoire que je te compterai une autre fois . . . À très vite, NinaAlchimiste du Lapisorium ✨

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Journal de bord autour d’un pigment mythique (Partie 1)

Partie 1 : Dans le bleu du lapis Il existe des matières qui ne se racontent pas en quelques lignes. Le genre de pierre qui donne envie d’écrire des thèses entières. Le lapis lazuli en fait partie. Depuis longtemps, cette pierre m’accompagne. Elle intrigue, elle fascine. . . et elle a clairement décidé de squatter une bonne partie de mon cerveau. À ce stade, je ne sais plus si je l’étudie ou si c’est elle qui m’étudie. Chaque fois que je la regarde, j’ai l’impression d’observer un fragment de ciel solidifié. Un morceau de nuit étoilée coincé dans la roche… avec, en bonus, quelques paillettes dorées pour faire bonne mesure (merci la pyrite ✨). Alors oui, j’en parle souvent.Peut-être un peu trop.Mais franchement, il y a pire comme obsession. Non ? Le lapis lazuli, ce n’est pas seulement une pierre ornementale. C’est une matière complexe, avec plus de rebondissements qu’une série Netflix. Pendant des siècles, il a voyagé, été échangé, broyé, transformé. . . pour devenir l’un des pigments les plus précieux de l’histoire : l’outremer naturel. Et c’est précisément cette transformation qui m’a donné envie de replonger dedans.Revenir à ce bleu fondateur, presque identitaire. . . et, accessoirement, mettre volontairement les mains dans de la poudre bleue pendant des heures (choix de vie tout à fait assumé). Ce que je vous propose ici, c’est de me suivre dans cette exploration.Un journal de bord, entre geste artisanal et curiosité scientifique. . . avec quelques moments de doute, probablement, et beaucoup de fascination. Objectif : fabriquer le fameux pigment Fra Angelico. (Rien que ça!) Étape 1 : Choisir la pierre Tout commence par un choix. Et non, ce n’est pas aussi simple que “prendre la plus jolie et espérer le meilleur”. (Si seulement.) Le lapis lazuli n’est pas une matière uniforme. C’est une roche composée de plusieurs minéraux : la lazurite (le bleu tant convoité), la calcite (blanche, un peu moins glamour dans cette histoire), et la pyrite (qui brille comme si elle savait qu’elle vole un peu la vedette). Chaque pierre est donc un mélange unique.Un petit monde en soi. Et ici, l’objectif est clair : extraire le bleu le plus pur possible. Celui qui donne ce pigment profond, presque hypnotique. Petite question que normalement vous allez vous poser (ça compte aussi pour les gens au fond de la classe. . . 🤔) Si c’est la lazurite qui donne le bleu. . . Pourquoi ne pas utiliser directement de la lazurite ? Et même : pourquoi, à l’époque, ne travaillaient-ils pas uniquement avec de la lazurite ? Était-ce plus difficile à trouver ? Installe-toi Jamie, je te donne la réponse. La lazurite existe. Et oui, il est possible de trouver des pierres qui en sont très riches — parfois au point de sembler presque “pures”. MAIS en réalité, dans la nature, la lazurite est presque toujours mêlée à d’autres minéraux. Elle se forme au sein du lapis lazuli, dans une sorte d’équilibre minéral où tout est intimement lié. Autrement dit :👉 le lapis lazuli n’est pas une alternative à la lazurite👉 c’est sa forme naturelle Même les pierres les plus bleues contiennent souvent : Et c’est là que tout devient intéressant. Car pour faire un pigment d’exception, il ne suffit pas d’avoir “du bleu”.Il faut un bleu pur, stable, homogène, intense. Et ça, la pierre brute — même magnifique — ne le garantit pas toujours. En résumé Broyer directement une pierre très riche en lazurite. . . ça fonctionne. Mais, c’est un peu comme faire un jus avec un fruit entier : la peau, les pépins, tout y passe. Ça donne quelque chose. Mais si tu veux une texture fine, une saveur précise. . . tu filtres. En résumé, à l’époque comme aujourd’hui, les artisans ne compliquaient pas les choses.Ils faisaient avec ce que la nature leur donnait… mais ils avaient compris comment en tirer le meilleur. 👉 Le bleu le plus intense ne se prélève pas directement👉 Il se révèle, étape par étape Je sélectionne donc mes pierres en fonction de leur composition. Une pierre déjà très pure, d’un bleu intense et homogène ?Honnêtement, la broyer pour en faire une extraction graisseuse serait presque un crime. Elle a déjà gagné sa beauté. En revanche, les pierres plus nuancées, plus hétérogènes. . . ce sont elles les vraies candidates parfaites. Celles qui demandent du travail.Celles qui cachent leur bleu sous des couches moins spectaculaires.Celles qui te regardent comme pour dire : “bon courage”. Et ensuite ? Spoiler : ça ne devient pas plus simple. Une fois la pierre choisie, il va falloir la réduire en poudre. Oui, littéralement. Adieu le beau caillou instagrammable, bonjour la poussière bleue. Puis viendront les étapes les plus fascinantes (et légèrement salissantes) :le broyage, le lavage, la décantation. . . jusqu’à faire apparaître différentes qualités de pigment, du plus profond au plus subtil. Un processus long, répétitif, presque méditatif.Le genre d’activité où tu perds la notion du temps… mais pas celle de la couleur. Pourquoi s’infliger ça en 2026 ? Question légitime. À une époque où on peut acheter du pigment prêt à l’emploi en trois clics, pourquoi passer des heures, que dis-je, DES JOURNEES ENTIERES, à transformer une pierre ? Peut-être parce que ce n’est pas la même chose. Travailler le lapis lazuli, c’est ralentir.C’est accepter que la couleur ne soit pas instantanée.C’est redonner du poids, et de l’importance à ce bleu. Et puis il y a cette profondeur.Cette lumière presque impossible à imiter. Un bleu qui ne sort pas d’un tube, mais d’un processus.Un bleu qui se mérite un peu. Et entre nous. . . il y a aussi un certain plaisir à dire : “oui, ce pigment, je l’ai fait moi-même”😌 La suite arrive bientôt . . .  Nina Alchimiste du Lapisorium ✨

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Fabriquer sa propre peinture à partir de pigments minéraux

– Guide pratique (et un peu magique) pour artistes curieux – Dans la boutique du Lapisorium, je vous propose des pigments naturels issus de pierres semi-précieuses, réduits à une granulométrie fine (200 microns), prêts à l’emploi — pas besoin de jouer à l’alchimiste avec un mortier ! Vous pouvez plonger directement dans la création, sans transformer votre atelier en laboratoire de potions ! Si je fabrique mes propres aquarelles à partir de ces pigments, je sais que tout le monde ne rêve pas de lavis et de pinceaux trempés dans l’eau. . . Certains préfèrent la matière, l’opacité, l’huile qui sent bon l’atelier (ou pas), et la texture sous le couteau. Cet article est donc là pour vous : pour vous inspirer, vous guider et vous prouver qu’un pigment, ce n’est pas juste pour l’aquarelle ! Sommaire :  – Aquarelle artisanale – Gouache maison – Peinture acrylique – Peinture à l’huile – Tempera : la peinture à l’œuf Que faire avec ces pigments (en dehors de les admirer dans un petit pot) ? Voici ce que vous pouvez créer avec ces précieuses poudres colorées. Il vous suffit d’un liant adapté, et d’un soupçon de curiosité artistique : Aquarelle artisanale Liant : gomme arabique + glycérine + eau + miel (facultatif) C’est la base. Le combo parfait pour les amoureux de transparence, de superpositions subtiles et d’effets granuleux qui font « wouah » même quand on ne s’y attend pas. Gouache maison Liant : gomme arabique + craie (ou blanc de titane) + eau C’est l’aquarelle qui a mangé un peu trop de blanc – mais elle a bon goût. Elle est mate, couvrante, parfaite pour les aplats, les illustrations, ou les jours où vous n’avez pas envie de diluer votre art. Peinture acrylique Liant : médium acrylique (en boutique d’art) Mélangez le pigment à un liant acrylique, et bim ! vous avez une peinture moderne à l’aspect minéral, unique, qui résiste au temps et aux maladresses (et même parfois aux enfants)… Peinture à l’huile Liant : huile de lin + (optionnel) siccatif naturel On entre ici dans la catégorie « peinture avec du caractère ». L’huile donne aux pigments une profondeur incroyable. Ça sèche lentement (très lentement), mais c’est souvent comme ça avec les plus belles choses. 👉 Pour les artistes patients, passionnés. . . ou tout simplement nostalgiques des maîtres anciens. Tempera : la peinture à l’œuf Liant : jaune d’œuf + eau La tempera, c’est un peu la peinture préférée des maîtres anciens avant l’invention de l’huile. Moins de gens la connaissent et POURTANT ! Elle utilise un ingrédient que tout le monde a dans son frigo (et non, ce n’est pas du ketchup) : le jaune d’œuf. Le jaune d’œuf agit comme un excellent liant naturel. Il donne une peinture fine, lumineuse, très résistante au temps et qui sèche rapidement. Pour la fabriquer, on sépare le jaune du blanc (oui, comme en pâtisserie), on perce la membrane, et on le mélange avec un peu d’eau et de pigment minéral. 👉 Le rendu est mat, délicat, avec une finition veloutée très appréciée pour les icônes, fresques, enluminures… ou les artistes modernes qui aiment le vintage. 💡 Astuce : utilisez-la fraîche, elle ne se conserve pas très longtemps. (Encore une raison de ne pas peindre à 3 h du matin sur un coup de tête… ou alors, soyez rapide !) ⚠️ Le cas des pigments (trop) dangereux Certaines pierres ont beau être splendides, elles cachent un petit côté « vilain méchant toxique ». C’est le cas du : Rappelle-toi, je t’ai déjà tout expliqué d’eux : ici ! Ces pigments-là, on les admire. . . de loin. 💨 Sous forme de poudre, ils deviennent volatiles, toxiques, et franchement pas sympas pour vos poumons. 👉 C’est pourquoi je ne les vends pas sous forme de pigment sec, mais je les propose en aquarelle déjà liée, là où ils sont parfaitement sécurisés et prêts à faire des merveilles sur le papier — sans vous empoisonner. Oui, la beauté peut parfois être mortelle… mais pas chez Lapisorium ! Quelques précautions (même avec les gentils pigments) 🔐 Même si mes pigments sont prêts à l’emploi et non toxiques, un peu de bon sens artistique ne fait jamais de mal : Pourquoi faire sa peinture soi-même ? (spoiler : parce que c’est génial) ✨ Faire sa peinture, c’est : C’est un acte d’indépendance artistique. . . et franchement, c’est plutôt stylé non? Où trouver ces merveilles minérales ? 👉 Voir les pigments minéraux disponibles 👉 Explorer les aquarelles, y compris celles à base de cinabre, réalgar et orpiment (sans danger, promis) En résumé Créer ses propres peintures à partir de pigments minéraux, c’est comme cuisiner avec des épices rares : ça change tout. Les couleurs vibrent autrement. L’acte de peindre devient plus intime. Plus vrai. Plus ancré. Plus cérémonial. Et oui, n’oublions pas que chaque pigment est une pierre qui a voyagé dans le temps. À toi de la transformer en lumière. . . 🎨 Si tu as des questions, n’hésite surtout pas à m’écrire — je me ferai un plaisir d’y répondre avec joie et passion. 💌 À très vite, Nina créatrice du L a p i s o r i u m

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L’art de fabriquer ses propres couleurs

L’aquarelle, avec sa transparence et sa légèreté, est d’après-moi l’un des médiums les plus poétiques de l’histoire de l’art. Bon, vous allez dire que je prêche pour ma propre paroisse. . . Mais saviez-vous que pendant des siècles, les artistes fabriquaient eux-mêmes leurs couleurs ? Aujourd’hui, alors que les palettes industrielles dominent, revenir à ces pratiques artisanales nous connecte à une tradition ancienne, et à un savoir-faire qui selon moi, serait triste de perdre. Les origines de l’aquarelle : un art millénaire Extrait du Livre de la Mort des Anciens Egyptiens L’aquarelle trouve ses racines dans l’Antiquité. En Égypte, les artisans utilisaient déjà des pigments naturels mélangés à de la gomme arabique pour décorer papyrus et fresques murales. En Chine, les lavis d’encre et d’aquarelle accompagnaient la calligraphie dès le IVᵉ siècle. En Europe, elle se développe à l’époque médiévale, utilisée par les enlumineurs pour illuminer les manuscrits sacrés avec des couleurs éclatantes. Les pigments étaient alors précieux : lapis-lazuli, or, vermillon… autant de trésors broyés à la main. Mais c’est à partir du XVIIIᵉ siècle que l’aquarelle devient un art à part entière. Avec des peintres comme Albrecht Dürer ou William Turner, elle se libère des contours stricts et devient un outil d’expression de la lumière, du mouvement et de l’émotion. 🖌 Quand les artistes fabriquaient leurs propres aquarelles Collection de pigments du 19ème siècle de Nathalie Beurier Avant l’ère des tubes et des godets standards, chaque peintre devait être aussi un peu alchimiste. Fabriquer ses propres couleurs faisait partie du processus artistique, et chaque atelier avait ses recettes jalousement gardées. ✦ 1. La quête des pigments Les pigments provenaient directement de la nature : Minéraux et pierres broyées : lapis-lazuli (bleu outremer), malachite (vert), cinabre (rouge vermillon). Terres et ocres : pour les bruns et les jaunes. Végétaux et insectes : cochenille (rouge carmin), indigo (bleu profond). Ces matières étaient broyées très finement au mortier puis tamisées pour obtenir une poudre impalpable. ✦ 2. Le liant : la gomme arabique Le médium classique était la gomme arabique, extraite de la résine d’acacia. Dissoute dans de l’eau distillée, elle servait à agglomérer les pigments et leur donner cette transparence si particulière. Pour éviter que la peinture ne devienne cassante en séchant, les artistes ajoutaient souvent un agent humectant naturel : miel, glycérine, ou sucre inverti. Un peu de clou de girofle ou d’essence de thym jouait le rôle de conservateur naturel. ✦ 3. Le broyage et le moulage Le pigment et le liant étaient broyés ensemble sur une plaque de verre ou de marbre avec une molette jusqu’à obtenir une pâte homogène. Cette pâte pouvait être : utilisée immédiatement pour peindre, ou moulée dans de petits godets en coquillage, bois ou métal, puis séchée pour un usage ultérieur. Recette historique : fabriquer son liant pour aquarelle (base) Molette utilisée pour la réalisation de peinture aquarelle artisanale Ingrédients : 10 g de gomme arabique en poudre (qualité alimentaire si possible) 60 ml d’eau distillée chaude 1 c. à café de miel pur (ou glycérine végétale) Pigment naturel (quantité selon la teinte désirée) Quelques gouttes d’huile essentielle de clou de girofle (optionnel, pour conserver) Matériel : Mortier et pilon (pour broyer le pigment) Spatule ou couteau de peintre Plaque de verre/marbre et une molette (muller) Petits moules (godets, coquillages, alvéoles, ou tout autres contenants de votre choix qui sera propre et résistant à l’eau) Étapes : Préparer le liant : Dissoudre la gomme arabique dans l’eau chaude. Ajouter le miel/glycérine et l’huile essentielle. Bien mélanger. Préparer le pigment : Broyer finement les pigments au mortier. Si besoin, laver la pierre et laisser sécher avant broyage. Tamiser pour éliminer les grains. Mélanger : Sur la plaque lisse, déposer le pigment. Verser peu à peu le liant. Broyer longuement avec le muller jusqu’à obtenir une pâte lisse et homogène. Couler : Placer la pâte dans vos contenants. Laisser sécher à l’air libre plusieurs jours. Utilisation : Une fois sec, humidifier et frotter légèrement le godet avec un pinceau pour réactiver la couleur. _______________________________________________________________ ✨ Pourquoi renouer avec cet art ? À une époque où tout est standardisé, fabriquer ses propres aquarelles est un véritable acte de résistance poétique, artistique, et écologique. C’est : – Se reconnecter à la matière et aux gestes ancestraux, – Créer des couleurs uniques, avec une texture vivante impossible à reproduire industriellement, – Pour les artistes, une façon d’ajouter une dimension alchimique à leur pratique. – La possibilité de pouvoir peindre sans avoir les déchets d’emballage de peinture et autres, – Pouvoir peindre avec une qualité de peinture incroyablement pigmentée, naturelle, et authentique. . . Je pourrais encore vous donner mille et un arguments pour vous convaincre que fabriquer sa propre peinture ou utiliser des couleurs artisanales, c’est absolument merveilleux… Mais en réalité, rien ne vaut l’expérience. Essayez, et vous comprendrez ! À très vite ✨ Nina