Journal de bord autour d’un pigment mythique (Partie 1)

Partie 1 : Dans le bleu du lapis

Lapis lazuli
( Crédit : Lapisorium 2026 )

Il existe des matières qui ne se racontent pas en quelques lignes. Le genre de pierre qui donne envie d’écrire des thèses entières. Le lapis lazuli en fait partie.

Depuis longtemps, cette pierre m’accompagne. Elle intrigue, elle fascine. . . et elle a clairement décidé de squatter une bonne partie de mon cerveau. À ce stade, je ne sais plus si je l’étudie ou si c’est elle qui m’étudie.

Chaque fois que je la regarde, j’ai l’impression d’observer un fragment de ciel solidifié. Un morceau de nuit étoilée coincé dans la roche… avec, en bonus, quelques paillettes dorées pour faire bonne mesure (merci la pyrite ✨).

Alors oui, j’en parle souvent.
Peut-être un peu trop.
Mais franchement, il y a pire comme obsession. Non ?

Le lapis lazuli, ce n’est pas seulement une pierre ornementale. C’est une matière complexe, avec plus de rebondissements qu’une série Netflix. Pendant des siècles, il a voyagé, été échangé, broyé, transformé. . . pour devenir l’un des pigments les plus précieux de l’histoire : l’outremer naturel.

Et c’est précisément cette transformation qui m’a donné envie de replonger dedans.
Revenir à ce bleu fondateur, presque identitaire. . . et, accessoirement, mettre volontairement les mains dans de la poudre bleue pendant des heures (choix de vie tout à fait assumé).

Ce que je vous propose ici, c’est de me suivre dans cette exploration.
Un journal de bord, entre geste artisanal et curiosité scientifique. . . avec quelques moments de doute, probablement, et beaucoup de fascination.

Objectif : fabriquer le fameux pigment Fra Angelico. (Rien que ça!)

3 lots de Lapis lazuli de composition différente
( Crédit : Lapisorium 2026)

Étape 1 : Choisir la pierre

Tout commence par un choix. Et non, ce n’est pas aussi simple que “prendre la plus jolie et espérer le meilleur”. (Si seulement.)

Le lapis lazuli n’est pas une matière uniforme. C’est une roche composée de plusieurs minéraux : la lazurite (le bleu tant convoité), la calcite (blanche, un peu moins glamour dans cette histoire), et la pyrite (qui brille comme si elle savait qu’elle vole un peu la vedette).

Chaque pierre est donc un mélange unique.
Un petit monde en soi.

Et ici, l’objectif est clair : extraire le bleu le plus pur possible. Celui qui donne ce pigment profond, presque hypnotique.

Pigment Fra Angelico = pigment de lapis lazuli après extraction graisseuse (Crédit : Lapisorium 2025)

Petite question que normalement vous allez vous poser (ça compte aussi pour les gens au fond de la classe. . . 🤔)

Si c’est la lazurite qui donne le bleu. . .

Pourquoi ne pas utiliser directement de la lazurite ?

Et même : pourquoi, à l’époque, ne travaillaient-ils pas uniquement avec de la lazurite ? Était-ce plus difficile à trouver ?


Installe-toi Jamie, je te donne la réponse.

La lazurite existe. Et oui, il est possible de trouver des pierres qui en sont très riches — parfois au point de sembler presque “pures”.

MAIS en réalité, dans la nature, la lazurite est presque toujours mêlée à d’autres minéraux. Elle se forme au sein du lapis lazuli, dans une sorte d’équilibre minéral où tout est intimement lié.

Autrement dit :
👉 le lapis lazuli n’est pas une alternative à la lazurite
👉 c’est sa forme naturelle

Même les pierres les plus bleues contiennent souvent :

  • des inclusions de calcite
  • des traces de pyrite
  • ou des variations dans la qualité du bleu

Et c’est là que tout devient intéressant.

Car pour faire un pigment d’exception, il ne suffit pas d’avoir “du bleu”.
Il faut un bleu pur, stable, homogène, intense.

Et ça, la pierre brute — même magnifique — ne le garantit pas toujours.


En résumé

Broyer directement une pierre très riche en lazurite. . . ça fonctionne.

Mais, c’est un peu comme faire un jus avec un fruit entier : la peau, les pépins, tout y passe.

Ça donne quelque chose. Mais si tu veux une texture fine, une saveur précise. . . tu filtres.


En résumé, à l’époque comme aujourd’hui, les artisans ne compliquaient pas les choses.
Ils faisaient avec ce que la nature leur donnait… mais ils avaient compris comment en tirer le meilleur.

👉 Le bleu le plus intense ne se prélève pas directement
👉 Il se révèle, étape par étape


Je sélectionne donc mes pierres en fonction de leur composition.

Une pierre déjà très pure, d’un bleu intense et homogène ?
Honnêtement, la broyer pour en faire une extraction graisseuse serait presque un crime. Elle a déjà gagné sa beauté.

En revanche, les pierres plus nuancées, plus hétérogènes. . . ce sont elles les vraies candidates parfaites.

Celles qui demandent du travail.
Celles qui cachent leur bleu sous des couches moins spectaculaires.
Celles qui te regardent comme pour dire : “bon courage”.

L'eau révèle l'intensité du bleu du lapis lazuli ( Crédit : Lapisorium 2026 )
Technique de l’eau pour révéler l’intensité du bleu du lapis lazuli et choisir les pierres.
( Crédit : Lapisorium 2026 )

Et ensuite ?

Spoiler : ça ne devient pas plus simple.

Une fois la pierre choisie, il va falloir la réduire en poudre. Oui, littéralement. Adieu le beau caillou instagrammable, bonjour la poussière bleue.

Puis viendront les étapes les plus fascinantes (et légèrement salissantes) :
le broyage, le lavage, la décantation. . . jusqu’à faire apparaître différentes qualités de pigment, du plus profond au plus subtil.

Un processus long, répétitif, presque méditatif.
Le genre d’activité où tu perds la notion du temps… mais pas celle de la couleur.


Pourquoi s’infliger ça en 2026 ?

Question légitime.

À une époque où on peut acheter du pigment prêt à l’emploi en trois clics, pourquoi passer des heures, que dis-je, DES JOURNEES ENTIERES, à transformer une pierre ?

Peut-être parce que ce n’est pas la même chose.

Travailler le lapis lazuli, c’est ralentir.
C’est accepter que la couleur ne soit pas instantanée.
C’est redonner du poids, et de l’importance à ce bleu.

Et puis il y a cette profondeur.
Cette lumière presque impossible à imiter.

Un bleu qui ne sort pas d’un tube, mais d’un processus.
Un bleu qui se mérite un peu.

Et entre nous. . . il y a aussi un certain plaisir à dire : “oui, ce pigment, je l’ai fait moi-même”😌


La suite arrive bientôt . . .

 Nina Alchimiste du Lapisorium ✨

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