Nom de l’auteur/autrice :Lapisorium

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Journal de bord autour d’un pigment mythique (Partie 4)

Partie 4 : Le moment où le bleu commence enfin à apparaître 💙 Le malaxage des boulettes dans l’eau chaude Une fois la pâte terminée et façonnée en boulettes compactes, nous entrons enfin dans la partie la plus fascinante du procédé : l’extraction du pigment dans l’eau chaude. ✨ C’est ici que toute la recette prend son sens.Parce qu’à ce stade, le bleu est encore prisonnier de la pâte grasse formée par la cire, le mastic et la colophane. Le but n’est donc pas de dissoudre cette pâte mais de la faire travailler suffisamment pour libérer progressivement les particules de lazurite tout en gardant piégées une partie des impuretés minérales contenues dans le lapis-lazuli. Et cet équilibre est beaucoup plus délicat qu’il n’en a l’air. Pourquoi utilise-t-on de l’eau chaude ? La chaleur joue un rôle essentiel dans le procédé. Lorsque les boulettes sont plongées dans une eau tiède à chaude, la cire et les résines commencent à s’assouplir. La pâte devient alors plus malléable et légèrement plus perméable. Cela permet à l’eau de pénétrer doucement la surface du mélange pendant le malaxage. Mais ATTENTION : une eau trop chaude peut complètement détruire la structure de la pâte. Si la température est excessive : Et accessoirement . . . cela peut aussi provoquer quelques projections brûlantes ou pire juste vous brûler avec traîtrise en malaxant la pâte comme je l’ai fais, car chaude la pâte est molle et colle au doigt, mais en refroidissant en extérieur elle durcit sur vos doigts en continuant de brûler à l’intérieur. . . 🫠 La température idéale se situe généralement autour de : 45°C à 55°C maximum L’eau doit être chaude au toucher, jamais bouillante. Ce qu’il se passe réellement pendant le malaxage C’est probablement la partie la plus intéressante d’un point de vue scientifique. Petit Xème rappel : Le lapis-lazuli est une roche composée de plusieurs minéraux (blablabla) : Toutes ces particules ne réagissent pas de la même manière à la pâte grasse ni à l’eau chaude. Pendant le malaxage : Les particules fines de lazurite, particulièrement celles les plus pures, migrent alors lentement dans l’eau. L’eau devient trouble . . . puis commence à prendre cette teinte bleue presque irréelle qui annonce enfin l’apparition du pigment outremer. ✨ Toute la difficulté : trouver la bonne texture C’est ici que le comportement de la pâte devient crucial. Si le mélange est trop mou : Mais à l’inverse, si la pâte est trop dure : Toute la réussite du procédé repose donc sur un équilibre très précis entre : ( Oui . . . on est quelque part entre la chimie des matériaux et une étrange recette de pâtisserie minérale. 🌝 ) Mon arme secrète : le rôle surprenant du savon Lors de mes essais, une quantité infime de savon a légèrement amélioré l’extraction. Scientifiquement, cela s’explique assez bien : le savon agit comme un tensioactif. Il modifie les interactions entre l’eau et la phase grasse de la pâte. (et ça comment est-ce que je l’ai découvert ? Dans un geste désespéré pour me débarrasser de ses résidus sur les mains. . . je me répète mais, faites vraiment attention ça colle énormément !) En très petite quantité, il peut : Mais le dosage est extrêmement sensible. Trop de savon : Le moment où le pigment apparaît Après plusieurs bains et plusieurs malaxages, le bleu commence enfin à se déposer au fond du récipient. Et à ce moment-là, toute la recette cesse d’être simplement technique. Parce qu’on ne regarde plus uniquement une poudre bleue. On regarde un pigment extrait à la main selon un procédé utilisé depuis des siècles, un bleu qui a traversé l’histoire de la peinture, des manuscrits enluminés jusqu’aux ateliers de la Renaissance. Et honnêtement . . . voir ce bleu apparaître lentement dans l’eau reste une expérience presque alchimique! ✨ Et voilà, nous arrivons au bout de ce petit Journal de bord autour de l’extraction de ce magnifique bleu outremer que j’affectionne tant! 💙 J’espère que cette plongée dans les recettes anciennes, les essais, et les surprises de laboratoire vous aura intéressés autant qu’elle m’a fascinée. Et maintenant, vous comprenez probablement un peu mieux pourquoi ce bleu était considéré comme un véritable trésor pendant des siècles à quiconque en possédait. Derrière cette couleur se cachent du temps, de la matière, de la patience. . . et une technique assez subtile. Quand on voit tout le travail nécessaire pour extraire quelques grammes de pigment, le prix historique de l’outremer devient soudainement beaucoup plus logique. Merci d’avoir suivi cette aventure minérale avec moi. À très vite pour de nouvelles expérimentation pigmentaire NinaAlchimiste du Lapisorium ✨

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Journal de bord autour d’un pigment mythique (Partie 3)

Partie 3 : La pâte d’extraction, ou l’art de négocier avec une pierre Il y a un moment assez étrange dans ce processus. Un moment où l’on regarde sa poudre de lapis lazuli soigneusement broyée. . . puis où l’on commence volontairement à la mélanger à de la cire chaude, des résines collantes et une pâte qui ressemble progressivement à quelque chose entre une préparation d’apothicaire médiéval et un caramel particulièrement agressif. Mais ça encore un peu de patience, c’est une histoire que je te conterai dans la Partie 4 de ce journal de bord. Aujourd’hui je te souhaite la bienvenue dans le laboratoire de cuisine, le moment de sélectionner ses précieux ingrédients ! Une recette ancienne… et étonnamment intelligente La méthode que j’utilise ici est inspirée des procédés décrits par Cennino Cennini, dans Il Libro dell’Arte. Le principe est simple en apparence :Utiliser une pâte composée de résines et de cire pour séparer mécaniquement les particules de lazurite des autres composants du lapis lazuli. On parle  » d’extraction graisseuse ». Simple en théorie. Dans la pratique ?Disons que les résines ont parfois leur petit caractère. . . Pourquoi utiliser une pâte grasse ? Question légitime. Après tout, pourquoi ne pas simplement broyer la pierre et utiliser directement la poudre ? Techniquement, c’est possible.Et d’ailleurs, c’est ce qui a souvent été fait pour des usages plus simples. Mais lorsqu’on cherche un pigment d’exception, capable de produire ce bleu outremer profond et lumineux, il faut aller plus loin. Le lapis lazuli est une roche composée de plusieurs minéraux : ( Et si je t’apprends quelque chose, c’est que tu n’es pas allé voir la Partie 1 de ce journal donc je t’invite à y aller toute suite !) L’objectif de l’extraction graisseuse est donc de : Autrement dit :on ne va pas “fabriquer” un bleu. On va le trier. Les ingrédients de la pâte d’extraction C’est là que la recette devient fascinante. Car chaque ingrédient possède une fonction très précise. 🌲 La colophane : la structure La colophane (= résine de pin) constitue l’ossature de la pâte. Elle apporte : C’est elle qui permet à la pâte de rester stable pendant le malaxage. Mais attention :Trop de colophane, et la pâte devient presque jalouse de son bleu. Elle le garde prisonnier, et bye bye, tu ne retrouveras plus jamais ton bleu que tu auras broyés avec beaucoup d’amour, de souffrance, et de sueurs. . . pendant de longues. . . et longues heures. Oui, vraiment, c’est là que tu pourras pleurer. 🌿 Le mastic : l’équilibre Le mastic agit comme un régulateur. Il apporte : Sans lui, la pâte peut devenir cassante ou irrégulière. Avec lui, elle devient plus flexible. . . et légèrement moins susceptible de se comporter comme une brique résineuse dans l’eau chaude. Ce qui est plutôt appréciable. 🐝 La cire d’abeille : la plasticité La cire d’abeille transforme la structure résineuse en une véritable pâte malléable. Elle permet : C’est elle qui rend possible le fameux moment où la pâte commence doucement à “s’ouvrir” pendant l’extraction. Mais là aussi, l’équilibre est délicat. Trop de cire : Pas assez : Une question d’équilibre Tu l’auras donc compris, ce qui est fascinant dans cette recette, c’est qu’il n’existe pas vraiment de formule universelle, tout est une question d’équilibre. Chaque atelier, historiquement, adaptait : La pâte idéale doit être : En résumé :Elle doit accepter de relâcher le bleu. . . sans se désintégrer au passage. Ce qui, honnêtement, relève déjà d’un très beau compromis. Et ensuite ? Une fois la pâte prête, commence l’étape la plus fascinante du processus : le malaxage dans l’eau chaude. Mais ça on a dit que c’était pour une autre fois . . . NinaAlchimiste du Lapisorium ✨

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Journal de bord autour d’un pigment mythique (Partie 2)

Partie 2 : Le broyage Bon. Il faut qu’on parle du moment le plus fatiguant de cette aventure : Le broyage. Oui, celui où ton magnifique lapis lazuli, soigneusement sélectionné, avec ses reflets célestes et ses petites paillettes dorées. . . devient. . . de la poussière. Voilà l’ambiance. Le moment où tu trahis la pierre (un peu) Il y a toujours une micro seconde d’hésitation. Ce moment où tu regardes ta pierre et tu te dis :“est-ce que je suis vraiment en train de faire ça ?” Et la réponse est oui. Parce que pour révéler le bleu, il faut passer par là.Il faut casser, réduire, fragmenter. 👉 Le beau caillou instagrammable ? terminé👉 Bonjour la poudre bleue (et un peu partout, évidemment) Pourquoi broyer ? Question simple, réponse essentielle. Le lapis lazuli est une roche compacte.Et pour accéder à la lazurite — ce fameux bleu — il faut augmenter la surface de contact. En gros :plus c’est fin, plus on pourra travailler la matière efficacement ensuite. C’est une étape de préparation, mais aussi une étape décisive. Un mauvais broyage, et toute la suite devient . . . disons, compliquée. La théorie. . . et la réalité En théorie, on recommande un broyage autour de 100 microns. Sur le papier, c’est parfait. Dans la vraie vie ? Le lapis lazuli n’est pas exactement connu pour sa docilité. C’est un matériau : Alors de mon côté, je préfère pousser le broyage un peu plus loin, autour de 200 microns. Pas par amour du détail (enfin . . . pas seulement).Mais surtout pour éviter les galères plus tard, notamment lors du passage à la molette. Disons que j’anticipe. Et que j’essaie de rester en bons termes avec mon matériel. Une étape répétitive . . . mais indispensable Le broyage, ce n’est pas spectaculaire. C’est long.C’est répétitif.Et soyons honnêtes : ça peut être un peu ingrat (bonjour les tendinites!) Mais c’est aussi un moment très particulier. Le geste devient mécanique.Le bruit régulier s’installe.La matière change lentement, presque discrètement. Et sans vraiment s’en rendre compte, on entre dans une sorte de rythme. Un entre-deux étrange :ni vraiment techniqueni complètement méditatif Mais quelque chose qui s’en rapproche. Et le bleu dans tout ça ? C’est peut-être le plus frustrant. À ce stade, le bleu n’est pas encore spectaculaire.Il est là, oui . . . mais encore contenu, caché. On ne voit pas encore ce fameux outremer profond. Et pourtant, tout se joue ici. Chaque grain réduit, chaque passage de broyage, prépare la révélation à venir. En résumé Le broyage, c’est : Et accessoirement . . . accepter que tu vas retrouver du bleu dans des endroits improbables pendant les prochains jours. (même dans ton nez! Le mouchage de schtroumpfs c’est magique!) Et ensuite ? Une fois la poudre obtenue . . . on entre dans le cœur du processus. Celui où la matière va commencer à réagir. Où le bleu va, enfin, commencer à se libérer. Mais ça, c’est une histoire que je te compterai une autre fois . . . À très vite, NinaAlchimiste du Lapisorium ✨

Créativité & Tuto

Journal de bord autour d’un pigment mythique (Partie 1)

Partie 1 : Dans le bleu du lapis Il existe des matières qui ne se racontent pas en quelques lignes. Le genre de pierre qui donne envie d’écrire des thèses entières. Le lapis lazuli en fait partie. Depuis longtemps, cette pierre m’accompagne. Elle intrigue, elle fascine. . . et elle a clairement décidé de squatter une bonne partie de mon cerveau. À ce stade, je ne sais plus si je l’étudie ou si c’est elle qui m’étudie. Chaque fois que je la regarde, j’ai l’impression d’observer un fragment de ciel solidifié. Un morceau de nuit étoilée coincé dans la roche… avec, en bonus, quelques paillettes dorées pour faire bonne mesure (merci la pyrite ✨). Alors oui, j’en parle souvent.Peut-être un peu trop.Mais franchement, il y a pire comme obsession. Non ? Le lapis lazuli, ce n’est pas seulement une pierre ornementale. C’est une matière complexe, avec plus de rebondissements qu’une série Netflix. Pendant des siècles, il a voyagé, été échangé, broyé, transformé. . . pour devenir l’un des pigments les plus précieux de l’histoire : l’outremer naturel. Et c’est précisément cette transformation qui m’a donné envie de replonger dedans.Revenir à ce bleu fondateur, presque identitaire. . . et, accessoirement, mettre volontairement les mains dans de la poudre bleue pendant des heures (choix de vie tout à fait assumé). Ce que je vous propose ici, c’est de me suivre dans cette exploration.Un journal de bord, entre geste artisanal et curiosité scientifique. . . avec quelques moments de doute, probablement, et beaucoup de fascination. Objectif : fabriquer le fameux pigment Fra Angelico. (Rien que ça!) Étape 1 : Choisir la pierre Tout commence par un choix. Et non, ce n’est pas aussi simple que “prendre la plus jolie et espérer le meilleur”. (Si seulement.) Le lapis lazuli n’est pas une matière uniforme. C’est une roche composée de plusieurs minéraux : la lazurite (le bleu tant convoité), la calcite (blanche, un peu moins glamour dans cette histoire), et la pyrite (qui brille comme si elle savait qu’elle vole un peu la vedette). Chaque pierre est donc un mélange unique.Un petit monde en soi. Et ici, l’objectif est clair : extraire le bleu le plus pur possible. Celui qui donne ce pigment profond, presque hypnotique. Petite question que normalement vous allez vous poser (ça compte aussi pour les gens au fond de la classe. . . 🤔) Si c’est la lazurite qui donne le bleu. . . Pourquoi ne pas utiliser directement de la lazurite ? Et même : pourquoi, à l’époque, ne travaillaient-ils pas uniquement avec de la lazurite ? Était-ce plus difficile à trouver ? Installe-toi Jamie, je te donne la réponse. La lazurite existe. Et oui, il est possible de trouver des pierres qui en sont très riches — parfois au point de sembler presque “pures”. MAIS en réalité, dans la nature, la lazurite est presque toujours mêlée à d’autres minéraux. Elle se forme au sein du lapis lazuli, dans une sorte d’équilibre minéral où tout est intimement lié. Autrement dit :👉 le lapis lazuli n’est pas une alternative à la lazurite👉 c’est sa forme naturelle Même les pierres les plus bleues contiennent souvent : Et c’est là que tout devient intéressant. Car pour faire un pigment d’exception, il ne suffit pas d’avoir “du bleu”.Il faut un bleu pur, stable, homogène, intense. Et ça, la pierre brute — même magnifique — ne le garantit pas toujours. En résumé Broyer directement une pierre très riche en lazurite. . . ça fonctionne. Mais, c’est un peu comme faire un jus avec un fruit entier : la peau, les pépins, tout y passe. Ça donne quelque chose. Mais si tu veux une texture fine, une saveur précise. . . tu filtres. En résumé, à l’époque comme aujourd’hui, les artisans ne compliquaient pas les choses.Ils faisaient avec ce que la nature leur donnait… mais ils avaient compris comment en tirer le meilleur. 👉 Le bleu le plus intense ne se prélève pas directement👉 Il se révèle, étape par étape Je sélectionne donc mes pierres en fonction de leur composition. Une pierre déjà très pure, d’un bleu intense et homogène ?Honnêtement, la broyer pour en faire une extraction graisseuse serait presque un crime. Elle a déjà gagné sa beauté. En revanche, les pierres plus nuancées, plus hétérogènes. . . ce sont elles les vraies candidates parfaites. Celles qui demandent du travail.Celles qui cachent leur bleu sous des couches moins spectaculaires.Celles qui te regardent comme pour dire : “bon courage”. Et ensuite ? Spoiler : ça ne devient pas plus simple. Une fois la pierre choisie, il va falloir la réduire en poudre. Oui, littéralement. Adieu le beau caillou instagrammable, bonjour la poussière bleue. Puis viendront les étapes les plus fascinantes (et légèrement salissantes) :le broyage, le lavage, la décantation. . . jusqu’à faire apparaître différentes qualités de pigment, du plus profond au plus subtil. Un processus long, répétitif, presque méditatif.Le genre d’activité où tu perds la notion du temps… mais pas celle de la couleur. Pourquoi s’infliger ça en 2026 ? Question légitime. À une époque où on peut acheter du pigment prêt à l’emploi en trois clics, pourquoi passer des heures, que dis-je, DES JOURNEES ENTIERES, à transformer une pierre ? Peut-être parce que ce n’est pas la même chose. Travailler le lapis lazuli, c’est ralentir.C’est accepter que la couleur ne soit pas instantanée.C’est redonner du poids, et de l’importance à ce bleu. Et puis il y a cette profondeur.Cette lumière presque impossible à imiter. Un bleu qui ne sort pas d’un tube, mais d’un processus.Un bleu qui se mérite un peu. Et entre nous. . . il y a aussi un certain plaisir à dire : “oui, ce pigment, je l’ai fait moi-même”😌 La suite arrive bientôt . . .  Nina Alchimiste du Lapisorium ✨

Vie ma vie en artisanat

Mon journal illustré : ce que ça a changé

Pendant longtemps, je me suis dit que je n’avais plus le temps de créer. Ou plutôt. . . pas le temps de créer “vraiment”. Les grands projets. Les illustrations abouties. Celles qui demandent des heures, de la concentration, de l’espace mental. Alors je ne faisais plus rien. Ou presque. Puis, presque sans réfléchir, j’ai commencé un journal illustré. Au départ, c’était simple. Quelques mots. Un petit dessin. Rien de très ambitieux. Pas de pression. Pas d’objectif. Et surtout. . . pas d’attente. Mais derrière ce geste très simple, il y avait autre chose. Quelque chose de plus ancien. Il y a plusieurs années, j’ai eu un accident de voiture avec traumatisme crânien. Et avec lui. . . une mémoire devenue un peu plus fragile. Aujourd’hui encore, j’ai parfois l’impression qu’elle me joue des tours. Qu’elle me glisse entre les doigts plus vite qu’elle ne devrait. C’est étrange, d’avoir 30 ans et de douter de ses souvenirs. De chercher des détails qui ne reviennent pas. Ou de sentir que certaines choses se sont déjà effacées. Alors j’ai pris l’habitude de noter. De garder des traces. D’une manière ou d’une autre. Pas forcément pour tout figer. Mais pour ne pas tout perdre. Parce que vivre les choses, c’est essentiel. Les ressentir, encore plus. Mais s’en souvenir. . . c’est ce qui leur permet d’exister une seconde fois. Et c’est là que mon journal illustré a pris une autre dimension. Une trace, plutôt qu’un résultat Ce journal n’est pas là pour être beau. Ni pour être montré. Il est là pour garder. Un moment. Une sensation. Une pensée. Parfois quelque chose d’infime. Mais qui, sans ça, disparaîtrait. Créer pour ne pas oublier Dessiner une journée, même rapidement, c’est lui donner une forme. Une existence. C’est la sortir du flou. Et lui permettre, plus tard, de revenir. Et ce qui est encore plus beau, c’est de pouvoir illustrer ces moments avec mes propres aquarelles du Lapisorium. Retrouver autrement Il m’arrive de feuilleter des pages anciennes. Et de retrouver des moments que j’aurais oubliés. Des détails. Des émotions. Comme si une version passée de moi avait pris le relais, au cas où. Accepter une autre manière de créer Ce n’est pas une grande œuvre. Ce n’est pas spectaculaire. Mais c’est constant. Présent. Et profondément nécessaire. (Easier said than done. . . mais finalement, ça tient.) Une mémoire vivante Ce journal n’est pas seulement un espace créatif. C’est une mémoire extérieure. Une façon de conserver ce que je vis, quand ma propre mémoire ne suffit pas toujours. Aujourd’hui, je ne dirais pas que j’ai retrouvé “le temps de créer”. Mais j’ai retrouvé quelque chose de plus essentiel. Une manière de rester en lien avec ce que je vis. De ne pas le laisser disparaître complètement. Et peut-être que créer, finalement, ce n’est pas seulement produire. C’est aussi. . . se souvenir. ✨ Nina Alchimiste du Lapisorium

Vie ma vie en artisanat

Revenir après une pause : ce que j’ai compris du silence

Comme vous avez sûrement pu le remarquer, depuis janvier, je me suis faite beaucoup plus discrète. Bon. . . en réalité, j’étais carrément absente. Disparition officielle. Rideau. Silence radio. Et à vrai dire, moi-même, je ne sais pas exactement ce qui s’est passé. Mais j’ai l’impression qu’une prise de conscience s’est installée. Doucement. . . puis d’un coup. Sur beaucoup de choses. Comme je le dis souvent :  » Savoir ce que l’on veut, c’est bien. Mais savoir ce que l’on ne veut pas, c’est encore plus important. » Ces derniers mois, ma vie personnelle a pris beaucoup plus de place que ma vie professionnelle. Je le vois notamment à mon compte Instagram personnel, bien plus actif que ces deux dernières années. (Comme quoi, j’étais vivante. Juste ailleurs.) J’avais besoin de revenir à la base. Depuis l’été dernier, la boutique a littéralement explosé. Et je me suis retrouvée embarquée dans un rythme de travail. . . disons. . . sportif. Très sportif (mais sans l’échauffement.) Bien loin de ce que le Lapisorium représentait à l’origine pour moi. Car le Lapisorium a toujours été. . . plus qu’un travail. Une passion. Un espace de création. Un laboratoire d’exploration. Et surtout, quelque chose qui ne devait jamais devenir une obligation. Et pourtant, malgré toutes les bonnes intentions du monde. . . quelque chose a glissé. À partir du moment où ce n’est plus un plaisir, l’envie disparaît. Et ces derniers mois, ne pas travailler pour le Lapisorium est devenu source de stress terrible. Ce qui est, vous en conviendrez, un comble assez impressionnant. Le Lapisorium reste un plaisir. Mais depuis janvier, le temps que je lui ai consacré a été bien moindre. Non pas par manque d’envie. Mais par manque très concret de temps. (Les journées n’ont toujours pas accepté de passer à 48h, j’ai vérifié.) Ma vie personnelle s’est accélérée. Les projets pour 2026 se sont enchaînés. Et j’ai cette sensation très forte que cette année sera dense, riche, intense. . . et probablement un peu chaotique. Mais dans le bon sens du terme. En parallèle, je travaille actuellement sur un nouveau projet pour le Lapisorium, qui viendra faire évoluer l’apparence des godets d’aquarelle. L’essence de la marque restera la même, bien sûr, avec toujours cette attention portée aux matériaux durables. Mais l’esthétique va évoluer, et l’organisation aussi. . . pour me simplifier la vie. Mais surtout, cette période m’a obligée à revenir à l’essentiel. Pourquoi ai-je créé le Lapisorium ? Au départ, il y avait une curiosité. Scientifique et artistique. L’envie de créer mes propres pigments. De fabriquer ma propre peinture, pour des raisons écologiques, mais aussi pour comprendre, expérimenter, explorer. Puis est venue l’envie de partager. Parce que cette peinture minérale artisanale est, à mes yeux, profondément en phase avec notre époque. Mais à l’origine. . . je l’ai créé égoïstement pour moi. Pour nourrir ma créativité. Pour ne jamais manquer de matière pour mes propres projets artistiques. Et aujourd’hui, force est de constater que cette part-là a presque disparu. Ma production personnelle a drastiquement diminuée, pour ne pas dire complètement disparue. Les grands projets d’illustration ont laissé place à la production pour la boutique. Seul mon journal illustré m’a permis de garder un fil. Une présence créative quotidienne. Même petite. Même imparfaite. Mais ce n’est pas suffisant. Je ne veux pas que le Lapisorium devienne une contrainte. Ni une source de pression. Je veux qu’il reste ce qu’il a toujours été : un espace de création, de recherche, d’alchimie. Alors aujourd’hui, j’ai réfléchis à une nouvelle organisation. Peut-être ouvrir la boutique ponctuellement, une semaine par mois, par exemple, et la fermer le reste du temps. Pour retrouver un équilibre. Pour respirer. Et surtout. . . pour créer à nouveau. Vraiment. Je serais très curieuse d’avoir vos retours sur cette idée. La bonne nouvelle, c’est que si je vous raconte tout ça aujourd’hui, c’est que j’ai fait le point, remis les choses à leur place. . . et que je suis de retour. À très vite, Nina, alchimiste du Lapisorium ✨

Couleurs & Collections, Minéralogie

La vivianite : un pigment bleu qui travaille avec le temps

À l’aquarelle, on apprend assez vite une chose essentielle : nous ne sommes pas seul responsable de notre oeuvre. L’eau a son mot à dire, le papier aussi. . . et parfois le pigment décide, lui aussi, d’exprimer une opinion. La vivianite appartient clairement à cette dernière catégorie de pigment. C’est un bleu profond, élégant, fascinant. Mais c’est surtout un pigment qui refuse d’être figé. Une œuvre à la vivianite n’est jamais “terminée”. Elle vieillit en public. Ce n’est pas une image poétique. C’est une conséquence directe de sa nature minéralogique. Un bleu qui n’existe pas immédiatement À l’état naturel, la vivianite est presque décevante. Elle apparaît souvent : Autant dire qu’elle ne fait pas une entrée fracassante. . . La raison tient à l’un de ses composants principaux : le fer. Dans la vivianite fraîche, le fer se trouve dans une forme chimique très sensible à l’oxygène. Tant qu’il est protégé de l’air, la couleur reste discrète. Mais dès que la pierre est : le fer change progressivement d’état. Ce changement modifie la manière dont la matière interagit avec la lumière. . . et le bleu apparaît. 👉 Le bleu de la vivianite n’est donc pas appliqué de base. 👉 Il se révèle avec le temps. ( La vivianite considère visiblement que la couleur mérite maturation. ) Pourquoi le broyage change déjà la couleur Transformer la vivianite en pigment n’est pas un geste neutre. Le broyage : Plus le broyage est fin, plus la couleur apparaît rapidement et intensément. Un broyage plus grossier, au contraire, laisse subsister des zones plus claires qui bleuiront lentement. Résultat : Deux pigments issus de la même pierre peuvent produire des bleus différents. À l’aquarelle : une beauté… évolutive Utilisée à l’aquarelle, la vivianite offre : Mais elle continue aussi à évoluer après l’application. Avec le temps, elle peut : Ce comportement explique pourquoi la vivianite n’a jamais été un pigment classique dans l’histoire de la peinture. Les artistes ont toujours aimé les bleus. . . mais ils ont longtemps préféré qu’ils restent exactement là où on les avait posés et surtout comme on les avait posés. Pourquoi choisir un pigment aussi indiscipliné ? Certainement pas pour : En revanche, elle devient précieuse si tu aimes : Peindre avec la vivianite, c’est accepter que le tableau continue sans toi. Avec élégance, mais sans te demander la permission ! 🎨 Un pigment profondément accordé à l’esprit de l’aquarelle L’aquarelle en elle-même est déjà une pratique du lâcher-prise. La vivianite pousse simplement cette logique un peu plus loin. Elle introduit une dimension supplémentaire : le temps cesse d’être un ennemi de l’œuvre et devient un co-auteur discret. Ce que tu poses sur le papier aujourd’hui n’est pas exactement ce que l’on verra demain. Et finalement, c’est peut-être là que la vivianite trouve sa place naturelle : dans une peinture qui accepte de respirer, de changer, de vieillir. En conclusion La vivianite n’est pas un pigment pour toutes les palettes. Mais pour celles et ceux qui aiment : Elle offre quelque chose de rare : une peinture qui ne s’arrête pas au séchage. Et parfois, accepter qu’une œuvre change, c’est peut-être la forme la plus élégante d’être un artiste. 💙

Couleurs & Collections

Le « Rouge Alchimique » est une couleur à part

Le Rouge Alchimique est un rouge profond, chaud et vibrant, issu d’un minéral rare et fascinant : le cinabre pur. Il s’agit d’un pigment ancien, utilisé depuis plus de trèèèèèès longtemps, bien avant que les couleurs aient besoin d’un discours pour exister. Une pierre rare, née du feu Le cinabre (HgS) est un sulfure de mercure naturel, formé dans les zones volcaniques, là où le soufre et les métaux se rencontrent dans des conditions peu compatibles avec la douceur, mais très efficaces pour produire de la couleur. C’est cette composition particulière qui lui donne sa teinte rouge vermillon intense, presque lumineuse. Un rouge reconnaissable immédiatement, même sans avoir un doctorat en pigments. . . On le trouve notamment dans les mines d’Almadén en Espagne, en Chine et en Amérique du Sud. Il est extrait depuis plus de 2 000 ans. (Autrement dit, si c’était une mode, elle serait passée depuis longtemps.) Travailler le cinabre, c’est manipuler une matière précieuse, réputée pour sa forte concentration pigmentaire (ceux qui l’ont essayé le savent 😏 . . . ). Une petite quantité suffit laaaargement. Ce pigment n’a jamais apprécié les excès. Vermillon, cinabre. . . remettons les choses en place Historiquement, le vermillon et le cinabre sont intimement liés. Pendant l’Antiquité et une grande partie du Moyen Âge, le vermillon utilisé en peinture était tout simplement du cinabre broyé. Plus tard, les alchimistes ont appris à fabriquer du cinabre artificiellement, en faisant réagir le mercure et le soufre. Le résultat était toujours le même chimiquement : HgS. Naturel ou synthétique, le vermillon restait du cinabre. C’est donc bien ce vermillon-là, à base de sulfure de mercure, qui a été progressivement abandonné dans la peinture industrielle moderne pour des raisons de toxicité. Alors oui, parlons toxicité (et non, ce n’est pas un scénario catastrophe) C’est souvent à ce moment-là que la question tombe : “- Mais, Nina. . . le vermillon, c’était toxique, non ? Le cinabre, c’est du mercure donc, pourquoi tu travailles avec ça ?!” – Oui. Je sais. Mais regarde, on va poser les choses calmement et tu vas voir que tu vas comprendre. Le cinabre est dangereux : Et maintenant, regardons la réalité. 👉 La peinture n’est pas volatile 👉 Elle n’est pas faite pour être mangée 👉 Et, sauf surprise, personne n’a encore jamais remplacé sa sauce tomate par une sauce au cinabre sur ses pâtes. Le vermillon au HgS a été abandonné par précaution, notamment dans un contexte industriel, où les risques concernaient surtout : Cela ne signifie pas que chaque tableau peint au vermillon était une arme chimique (Vous imaginez le Louvre. . . 😂 Tchernobyl épisode 2). Dans un cadre artistique conscient STRICT, avec des règles de base (ne pas lécher son pinceau, ne pas inhaler le pigment, se laver les mains), le cinabre est une matière stable, utilisée pendant des siècles sans provoquer d’hécatombe de peintres. Pourquoi “Rouge Alchimique” ? Le nom Rouge Alchimique vient directement des alchimistes et de leur relation au mercure. Pour eux, le mercure n’était pas un simple métal, mais le principe du mouvement, de la transformation, de ce qui circule et se modifie. Le cinabre, union du mercure et du soufre, occupait donc une place centrale dans leurs recherches. Le Rouge Alchimique hérite de cet héritage-là. Pas d’un effet de style, pas d’un concept abstrait, mais d’une tradition très concrète. ( Et non, cela n’implique aucun projet secret de destruction massive de la population artistique par l’aquarelle. ) Le Rouge Alchimique en aquarelle En aquarelle, le Rouge Alchimique révèle une large palette de nuances. Très dilué, il devient un corail clair, lumineux et net. Plus concentré, il offre un rouge profond, proche du carmin, dense et affirmé. Selon la lumière, il peut tirer vers des nuances orangées chaudes ou laisser apparaître de subtils reflets dorés. Une teinte historique Voilà pourquoi, malgré sa réputation parfois effrayante (à tort, comme nous l’avons vu), j’affectionne profondément cette couleur. Le Rouge Alchimique est pour moi un véritable hommage historique. Un hommage à ces hommes qui, bien avant la chimie moderne, ont été les scientifiques de leur temps. Par leurs recherches, leurs expérimentations et leurs tâtonnements, les alchimistes ont posé les bases de connaissances qui ont profondément influencé les siècles suivants. Travailler cette couleur, c’est prolonger cette tradition où la couleur n’était pas un simple choix esthétique, mais le résultat d’un travail de transformation, de compréhension et de maîtrise de la matière. Chaque grain de cinabre rappelle que ce type de rouge demande de la rigueur dans sa création, des précautions et un savoir réel sur la composition des pierres. Chaque grain nous rappelle que ce qui est naturel peut être également impitoyable, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut en avoir peur, il faut simplement apprendre à la connaitre et ne pas faire n’importe quoi avec. . . 🎨 Peindre avec cette merveille, c’est donc choisir une couleur historiquement chargée, exigeante et pleinement assumée. Une teinte pour celles et ceux qui aiment savoir ce qu’ils utilisent, et surtout pourquoi.

Couleurs & Collections

Larmes d’Hermès — Le gris messager du Graphite

Certaines couleurs semblent silencieuses, et pourtant elles parlent. Elles racontent le geste, la pensée, le passage du souffle à la matière. La couleur Larmes d’Hermès appartient à cette famille-là : un gris noble, doux et lumineux, inspiré du graphite pur, minéral du trait, de la trace et du mouvement. Un gris discret, mais habité. . . ✨ Celui qui ne cherche pas à briller, mais qui retient la lumière. 🔹 Une pierre de passage Le graphite est une forme naturelle de carbone cristallisé, cousin calme et mat du diamant (Mais pourquoi tu dis ça Jamie 🤓? Et bien tout simplement parce que le diamant, est du carbone PUR 🥸) . Né dans les profondeurs de la Terre, il se forme sous de fortes pressions et températures, dans les roches métamorphiques. On le trouve dans les Alpes, au Sri Lanka, en Inde, au Canada, et dans bien d’autres régions où le temps façonne la matière. Doux, argenté, légèrement métallique, le graphite a longtemps fasciné les artistes et les inventeurs. C’est lui qui trace, qui pense, qui relie — le minéral du mot, du dessin et de l’idée. 🔹 Une matière messagère Depuis des siècles, le graphite accompagne les créateurs. C’est la poussière qui devient esquisse, le gris qui devient pensée, la matière qui transforme un geste en signe (c’est beau n’est-ce pas. . . ?) Il a servi aux premiers croquis des maîtres, aux carnets de voyage, aux dessins d’architectes et de poètes. 🔹 Pourquoi “Larmes d’Hermès” ? Hermès, dans la mythologie grecque, est le messager des dieux — le seul capable de voyager entre les mondes : du ciel à la terre, du visible à l’invisible. C’est aussi le protecteur des voyageurs, des artisans et des inventeurs, celui qui fait circuler les gestes, les idées et les mots. Ses larmes ne sont pas de tristesse. Ce sont des traces de passage, des perles de lumière laissées derrière lui à chaque traversée. Des éclats qui tombent entre les mondes, symboles du lien entre l’esprit et la matière. Le graphite, avec ses reflets d’argent et sa douceur métallique, incarne parfaitement ce symbole. Il glisse, il relie, il laisse une empreinte — discrète mais essentielle. C’est la larme du dieu en mouvement, le signe que quelque chose d’immatériel est devenu réel. Les Larmes d’Hermès, c’est la poésie du trait : ce moment suspendu où la pensée prend forme, où la main devient messagère de ce qu’on ne sait pas encore dire. Un gris noble et lumineux, symbole de passage, de création et de communication. (Bon, mais si ça ne vous parles pas, et bien dites vous simplement que j’aimais beaucoup ce nom, ça ira aussi!) 🔹 La couleur en aquarelle Sous forme d’aquarelle, le Larmes d’Hermès déploie toute la richesse du graphite. En lavis légers, il se fait gris perlé, clair et aérien, presque translucide. En concentration plus dense, il devient gris anthracite profond, aux reflets d’acier ou d’argent selon la lumière. C’est une teinte vivante, souple et moderne, parfaite pour les ombres, les paysages brumeux, les esquisses minimalistes. 🔹 Un gris d’esprit et de mouvement Créer le Larmes d’Hermès, c’est rendre hommage à ce que le graphite a toujours été : une passerelle entre le geste et la pensée, entre le visible et l’invisible. C’est une couleur pour ceux qui aiment les nuances, les contrastes, les moments calmes où l’inspiration s’installe sans prévenir. 💫 Peindre avec le Larmes d’Hermès, c’est peindre avec une couleur messagère, née de la pierre qui relie la main, la lumière et la pensée.

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La malachite en couleur : mon Vert Émeraude fait main

Le Vert Émeraude prend racine dans la pierre même : la malachite, minéral ancien, dense et vibrant, qui concentre en lui toute la profondeur du vert terrestre. C’est un vert vivant, élégant et intemporel. Un vert qui respire la nature et la lumière. . . et qui finit parfois par se déposer légèrement sur les mains de celui qui le prépare (preuve de dévouement artisanal). Une pierre née du cuivre La malachite est un carbonate de cuivre (Cu₂CO₃(OH)₂), formé lentement dans les zones d’oxydation des gisements métallifères. Lentement, vraiment. Disons que si elle avait un profil Tinder, elle cocherait sûrement la case “prend son temps”. Le genre de formation qui vous fait relativiser votre propre impatience pendant le broyage : après tout, quelques minutes au mortier, ce n’est rien face à quelques milliers d’années de cristallisation. Ses cristaux se déposent en couches successives, dessinant des volutes et des cercles concentriques qui en font l’une des pierres les plus reconnaissables du monde minéral. D’un vert intense, oscillant entre le jade et l’émeraude, la malachite a fasciné les civilisations anciennes pendant des millénaires — et continue aujourd’hui de fasciner toute personne ayant déjà essayé de la réduire en pigment sans en mettre partout. . . Une pierre de beauté et de protection Dans l’Antiquité, la malachite était considérée comme la pierre de la transformation et du renouveau. Les Égyptiens la broyaient pour en faire des fards et des pigments verts, associés à la régénération. (Ils ne le savaient pas encore, mais ils inventaient aussi le premier correcteur anti-cernes naturel.) Pour les Romains, elle portait chance — ce qui explique sans doute pourquoi certains artistes l’utilisaient beaucoup. Parce que oui, même eux avaient besoin d’un petit coup de pouce créatif. Dans la tradition médiévale, elle symbolisait la féminité et l’énergie du cœur : un vert lié à la terre, mais ouvert vers le ciel. Un vert d’équilibre, de mouvement. . . et parfois d’obsession pour ceux qui la travaillent manuellement (si tu te surprends à rêver de grains de malachite la nuit, rassure-toi, c’est normal). Le vert du monde vivant Le Vert Émeraude que donne la malachite est unique : lumineux sans être criard, profond sans être sombre. En aquarelle, il révèle toute sa richesse : — en lavis clair, il devient vert d’eau, frais et végétal, — en couche dense, il se charge d’un vert intense, saturé, presque velouté. C’est une couleur vivante et élégante, idéale pour les feuillages, les paysages, les ombres dorées ou les compositions modernes, (du genre à faire rougir une forêt tropicale entière.) Mais alors… pourquoi l’appeler “Vert Émeraude” ? Le Vert Émeraude du Lapisorium est une réinterprétation naturelle et authentique de cette teinte mythique — non pas le pigment synthétique du XIXᵉ siècle, mais le vert originel, né de la malachite brute, broyée, tamisée, réveillée par l’eau. . . et par ton énergie (quelle que soit la quantité de café nécessaire). Je vous vois venir : « Mais Nina, ton Vert Émeraude… c’est pas un vert émeraude ! Change de lunettes ! » Oui, oui, je sais. Ce n’est pas le vert émeraude classique, celui bien brillant qu’on retrouve dans les nuanciers et les bijouteries. Alors pourquoi ce nom ? Rassurez-vous, je ne suis pas folle (ou seulement dans la catégorie artisane passionnée). La vérité, c’est que ce pigment a été la deuxième couleur que j’ai broyée lorsque j’ai commencé mon activité artisanale — ou plutôt mes premières expériences de scientifique minéralogique improvisée. La première ayant été le lapis-lazuli (histoire de mettre la barre très haut dès le début). Et en voyant cette couleur naître, j’ai été fascinée. Sa profondeur. Sa vibration. Son intensité presque vivante. J’ai senti dans ce vert quelque chose de précieux, de rare, d’intemporel. Alors le nom s’est imposé naturellement : Vert Émeraude. Non pas parce qu’il imite la gemme, mais parce qu’il partage avec elle une même noblesse, une même valeur, une même lumière intérieure. Ce n’est pas le vert émeraude traditionnel. C’est mon interprétation du Vert Émeraude. Celui qui m’a révélée à l’Art du pigment naturel — et qui reste encore aujourd’hui l’un de mes trésors. 🌟