L’aquarelle, avec sa transparence et sa légèreté, est d’après-moi l’un des médiums les plus poétiques de l’histoire de l’art. Bon, vous allez dire que je prêche pour ma propre paroisse. . . Mais saviez-vous que pendant des siècles, les artistes fabriquaient eux-mêmes leurs couleurs ? Aujourd’hui, alors que les palettes industrielles dominent, revenir à ces pratiques artisanales nous connecte à une tradition ancienne, et à un savoir-faire qui selon moi, serait triste de perdre.
Les origines de l’aquarelle : un art millénaire
L’aquarelle trouve ses racines dans l’Antiquité. En Égypte, les artisans utilisaient déjà des pigments naturels mélangés à de la gomme arabique pour décorer papyrus et fresques murales. En Chine, les lavis d’encre et d’aquarelle accompagnaient la calligraphie dès le IVᵉ siècle.
En Europe, elle se développe à l’époque médiévale, utilisée par les enlumineurs pour illuminer les manuscrits sacrés avec des couleurs éclatantes. Les pigments étaient alors précieux : lapis-lazuli, or, vermillon… autant de trésors broyés à la main.
Mais c’est à partir du XVIIIᵉ siècle que l’aquarelle devient un art à part entière. Avec des peintres comme Albrecht Dürer ou William Turner, elle se libère des contours stricts et devient un outil d’expression de la lumière, du mouvement et de l’émotion.
🖌 Quand les artistes fabriquaient leurs propres aquarelles
Avant l’ère des tubes et des godets standards, chaque peintre devait être aussi un peu alchimiste. Fabriquer ses propres couleurs faisait partie du processus artistique, et chaque atelier avait ses recettes jalousement gardées.
✦ 1. La quête des pigments
Les pigments provenaient directement de la nature :
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Minéraux et pierres broyées : lapis-lazuli (bleu outremer), malachite (vert), cinabre (rouge vermillon).
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Terres et ocres : pour les bruns et les jaunes.
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Végétaux et insectes : cochenille (rouge carmin), indigo (bleu profond).
Ces matières étaient broyées très finement au mortier puis tamisées pour obtenir une poudre impalpable.
✦ 2. Le liant : la gomme arabique
Le médium classique était la gomme arabique, extraite de la résine d’acacia. Dissoute dans de l’eau distillée, elle servait à agglomérer les pigments et leur donner cette transparence si particulière.
Pour éviter que la peinture ne devienne cassante en séchant, les artistes ajoutaient souvent un agent humectant naturel : miel, glycérine, ou sucre inverti.
Un peu de clou de girofle ou d’essence de thym jouait le rôle de conservateur naturel.
✦ 3. Le broyage et le moulage
Le pigment et le liant étaient broyés ensemble sur une plaque de verre ou de marbre avec une molette jusqu’à obtenir une pâte homogène. Cette pâte pouvait être :
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utilisée immédiatement pour peindre,
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ou moulée dans de petits godets en coquillage, bois ou métal, puis séchée pour un usage ultérieur.
Recette historique : fabriquer son liant pour aquarelle (base)
Ingrédients :
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10 g de gomme arabique en poudre (qualité alimentaire si possible)
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60 ml d’eau distillée chaude
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1 c. à café de miel pur (ou glycérine végétale)
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Pigment naturel (quantité selon la teinte désirée)
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Quelques gouttes d’huile essentielle de clou de girofle (optionnel, pour conserver)
Matériel :
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Mortier et pilon (pour broyer le pigment)
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Spatule ou couteau de peintre
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Plaque de verre/marbre et une molette (muller)
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Petits moules (godets, coquillages, alvéoles, ou tout autres contenants de votre choix qui sera propre et résistant à l’eau)
Étapes :
Préparer le liant : Dissoudre la gomme arabique dans l’eau chaude. Ajouter le miel/glycérine et l’huile essentielle. Bien mélanger.
Préparer le pigment : Broyer finement les pigments au mortier. Si besoin, laver la pierre et laisser sécher avant broyage. Tamiser pour éliminer les grains.
Mélanger : Sur la plaque lisse, déposer le pigment. Verser peu à peu le liant.
Broyer longuement avec le muller jusqu’à obtenir une pâte lisse et homogène.
Couler : Placer la pâte dans vos contenants. Laisser sécher à l’air libre plusieurs jours.
Utilisation : Une fois sec, humidifier et frotter légèrement le godet avec un pinceau pour réactiver la couleur.
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✨ Pourquoi renouer avec cet art ?
À une époque où tout est standardisé, fabriquer ses propres aquarelles est un véritable acte de résistance poétique, artistique, et écologique.
C’est :
– Se reconnecter à la matière et aux gestes ancestraux,
– Créer des couleurs uniques, avec une texture vivante impossible à reproduire industriellement,
– Pour les artistes, une façon d’ajouter une dimension alchimique à leur pratique.
– Se reconnecter à la matière et aux gestes ancestraux,
– Créer des couleurs uniques, avec une texture vivante impossible à reproduire industriellement,
– Pour les artistes, une façon d’ajouter une dimension alchimique à leur pratique.
– La possibilité de pouvoir peindre sans avoir les déchets d’emballage de peinture et autres,
– Pouvoir peindre avec une qualité de peinture incroyablement pigmentée, naturelle, et authentique. . .
Je pourrais encore vous donner mille et un arguments pour vous convaincre que fabriquer sa propre peinture ou utiliser des couleurs artisanales, c’est absolument merveilleux…
Mais en réalité, rien ne vaut l’expérience. Essayez, et vous comprendrez !
À très vite ✨
Nina
