Je crois qu’une couleur ne vit vraiment que lorsqu’elle reçoit un nom. C’est à ce moment-là qu’elle respire, qu’elle s’incarne, qu’elle se met à raconter quelque chose. Le nom, c’est ce petit souffle qui relie la matière à l’histoire, la pierre au pinceau, le minéral au monde.

Quand je cherche un nom pour une couleur, je ne choisis pas simplement une “belle sonorité” (on dirait hein, mais non!). Je la regarde dans son intégralité : sa pierre d’origine, son histoire géologique, sa symbolique dans les civilisations, ses différentes liens au fil des temps… Tout compte. Parce qu’une couleur n’est pas qu’un ton sur une palette — c’est un morceau de l’histoire qu’on dépose sur le papier. ( Et parfois aussi sur la table, sur les doigts, sur le pull. . . mais ça, c’est une autre histoire. )

💎 Nommer, c’est donner vie
Il y a quelque chose de presque magique dans le fait de nommer. C’est comme si la couleur, jusque-là endormie, ouvrait les yeux d’un coup. Elle devient “quelqu’un”. Elle porte une mémoire, une voix, une présence.
Quand je crée une couleur à partir d’un minéral, je ressens vraiment que je peins avec du vivant. Pas avec un colorant synthétique au doux nom de PB29 (oui, le bleu outremer, ce bleu sublime au nom d’imprimante — moins poétique, on est d’accord).
Derrière chaque teinte naturelle, il y a des milliers d’années de géologie, de volcans, de mers disparues et de civilisations entières qui ont aimé ce bleu, ce rouge ou ce vert avant nous. De quoi donner un peu de vertige en ouvrant le pot de pigment!

🌿 Les noms et la durabilité
J’ai longtemps hésité : palettes avec les noms, ou sans les noms ? Sans, c’était plus écologique : cela permettait de recharger vos palettes à l’infini, d’utiliser vos propres peintures après les couleurs du Lapisorium.
Mais avec les noms… Ah, avec les noms, tout change!
L’objet devient vivant. Il n’est plus simplement pratique — il devient émotionnel, poétique, presque intime. Ce n’est plus juste “une palette de peinture”, c’est un petit morceau d’histoire minérale, une œuvre artisanale à part entière.
(Et honnêtement, sans les noms, je crois que mes couleurs se vexeraient de cette anonymisation !)

✨ Derrière chaque nom, une histoire
Rien n’est choisi au hasard, jamais. Chaque nom me trotte dans la tête des jours entiers. Il doit sonner juste, vibrer juste. Parfois, j’ai une illumination en broyant un pigment. Parfois, je passe trois nuits à me convaincre que “Larmes d’Hermès” est meilleur que “Café de Zeus”. C’est un peu du brainstorming mythologique à la lueur de la lampe à huile (ou presque).
Et bientôt, je vous raconterai tout ça : pourquoi Miroir d’Hélios s’appelle ainsi, d’où viennent les fameuses Larmes d’Hermès, ce que cache Mirage d’Atacama, ou encore ce qui brûle dans le Rouge Alchimique.
Parce que oui, ces noms ne sont pas juste jolis. Ils sont la mémoire de la pierre, de l’homme et du geste.

💬 En vérité…
Nommer, c’est ma manière à moi de remercier la matière. De lui dire : “Tu existes, je te vois, et maintenant, tu as un nom.” Et c’est aussi ma manière de résister un peu au monde des “bleu n°3” et des “pigment code PB29”. Parce que soyons honnêtes : entre Bleu d’Ishtar et PB29, le cœur ne balance pas longtemps.
Alors voilà.
Si vous vous demandiez pourquoi je passe parfois trois jours à chercher un nom, c’est parce qu’à mes yeux, c’est là que la magie commence. Et que, quelque part, quand vous peignez avec mes couleurs, vous peignez un peu avec des histoires qui respirent. . . ✨
À très vite,
(et promis, la prochaine fois que je me bats trois jours avec un nom, je vous montre les brouillons. Spoiler : il y a souvent des dragons, des volcans et des fées.) 💙

