Le mot outremer évoque aussitôt un bleu éclatant, presque céleste, comme s’il venait tout droit du paradis. Et en un sens, ce n’est pas faux. . . sauf qu’il venait surtout d’Afghanistan. Fra Angelico ou Giotto devaient l’acheter au prix de l’or, littéralement, puisque ce bleu était obtenu à partir d’une pierre semi-précieuse : le lapis-lazuli.
Aujourd’hui, bonne nouvelle : vous pouvez en acheter pour quelques euros. Vous sortez votre boîte d’aquarelle et hop : un joli godet d’outremer vous attend. Pas besoin de caravane, pas besoin d’hypothéquer la maison.
Mauvaise nouvelle (ou pas) : ce n’est plus du lapis, mais une version synthétique inventée au XIXᵉ siècle. Et l’histoire ne s’arrête pas là : il a même eu des petits frères violets, roses et verts que Fra Angelico n’aurait jamais pu imaginer.
Si si, ne bouge pas, on en parle tout de suite !

Sommaire :
- L’outremer naturel : le bleu qui valait plus que l’or.
- Une couleur de foi et de prestige
- La révolution du XIXᵉ siècle : l’outremer à prix cassé
- Les petits cousins modernes : violet, rose et vert outremer
- Pourquoi garder le nom « outremer » ?
- Conclusion
- Bonus : l’Outremer « Bleu Royal » du Lapisorium 🌟

L’outremer naturel : le bleu qui valait plus que l’or.
Oui je sais, vous en avez marre de l’entendre cette phrase, moi aussi. Même si elle est vrai.
Au Moyen Âge et à la Renaissance, ultramarinus signifiait « au-delà des mers » : c’était le bleu du lapis-lazuli, extrait des mines d’Afghanistan, broyé puis lavé patiemment pour isoler la poudre bleue des impuretés.
- Pigment de luxe : plus cher que l’or (blablabla).
- Usage réservé : manteaux de la Vierge, ciels divins, décors prestigieux.
- Résultat : un bleu profond, stable, inimitable. Donc, le bleu outremer était réservé aux sujets les plus sacrés. Le manteau de la Vierge ? Oui. Le ciel derrière le petit berger anonyme ? Non, malheureusement désolé, trop cher.
Cet outremer-là, c’est celui qu’on retrouve dans les fresques du fameux Fra Angelico : un bleu profond, lumineux, mais rare comme un bon café à Florence en 1420.

Une couleur de foi et de prestige
L’outremer n’était pas seulement esthétique, il était symbolique :
- Il représentait le ciel, l’infini, la lumière divine.
- L’utiliser était une démonstration de piété. . . et de richesse.
- Les mécènes rivalisaient pour offrir à la Vierge « le bleu le plus pur », dans une sorte de compétition spirituelle et sociale.
Les contrats médiévaux précisaient parfois la quantité exacte d’outremer que le peintre devait employer (bah oui au même titre qu’un sous est un sous, un milligramme est un milligramme!). Si le commanditaire n’avait pas les moyens, on remplaçait l’outremer par de l’azurite, moins chère et moins lumineuse.

La révolution du XIXᵉ siècle : l’outremer à prix cassé
En 1828, deux chimistes européens (Guimet et Gmelin) trouvent la recette miracle : fabriquer un bleu très proche du lapis. . . mais à partir de matériaux ordinaires (silice, soufre, soude) chauffés à très TRES haute température. Résultat : un bleu très proche, et l’outremer devient abordable, stable, et disponible en grande quantité.
Dès lors, fini le bleu réservé aux princes et aux saints : tout peintre peut s’offrir un ciel « Fra Angelico style » pour quelques sous. L’outremer cesse d’être un trésor rare pour devenir un pigment accessible à tous. Les artistes peuvent enfin remplir leurs toiles entière de bleu sans hypothéquer une maison.
( 💡 Anecdote : Guimet reçut un prix de l’Académie des sciences pour sa découverte. On a même parlé de « bleu Guimet ». . . mais reconnais que ça sonne moins poétique sur une boîte d’aquarelle que « Outremer ». )
Si tu veux en savoir plus sur l’histoire du Bleu Guimet je te laisse un bel article des BeauxArts ici :

Les petits cousins modernes : violet, rose et vert outremer
La chimie n’aime pas s’arrêter en si bon chemin. En bidouillant la cuisson et la proportion de soufre, les fabricants découvrent qu’ils peuvent obtenir :
- un violet outremer (un bleu qui a vu un peu trop de rouge),
- un rose outremer (version plus chaude),
- un vert outremer (moins flamboyant, mais original).
Et là les gars, sérieusement, il va falloir qu’on remette les choses au clair. . .
. . . Ces couleurs n’ont jamais, JAMAIS, jamais, existé à l’état naturel. C’est l’outremer qui s’est offert une garde-robe moderne, façon XIXᵉ siècle. Ce sont des inventions modernes, très appréciées en aquarelle pour enrichir la palette avec des tons sûrs et non toxiques.
( D’ailleurs au XIXᵉ siècle, certains nuanciers mentionnaient des variantes nommées « Outremer céleste » ou « Outremer cendré ». Déjà, les marchands savaient vendre du rêve aux artistes. . . )
Pourquoi garder le nom « outremer » ?
On aurait pu les appeler « violet chimique » ou « vert de laboratoire ». . . mais ça vend moins de rêve. Le mot « outremer », lui, évoque immédiatement :
- La tradition du lapis-lazuli et des maîtres anciens,
- La famille chimique (tous sont des silicates soufrés).
- Et soyons honnêtes, une belle stratégie marketing. « Outremer » fait quand même beaucoup plus rêver que … « silicate soufré calciné » !

Conclusion
- Avant 1828 : outremer = le bleu du lapis-lazuli, rare et précieux.
- Après 1828 : outremer = pigment synthétique, accessible à tous.
- Depuis le XIXᵉ siècle : l’outremer a même des cousins violets, verts et roses.
🖌️ Moralité : quand vous posez un lavis d’outremer dans votre carnet d’aquarelle, vous n’utilisez pas la même poudre que notre bon et talentueux Fra Angelico. Mais vous maniez son héritier moderne, démocratique et fiable. Et, franchement, pouvoir peindre un ciel entier sans vendre un rein ni partir creuser en Afghanistan. . . c’est plutôt une bénédiction, non ?

Bonus : l’Outremer « Bleu Royal » du Lapisorium 🌟
Vous l’aurez compris, l’outremer des boîtes d’aquarelle vendues dans le commerce est un pigment synthétique, héritier du XIXᵉ siècle. Mais… et si vous rêviez encore de goûter à la vraie magie du lapis-lazuli, tel que l’utilisaient Fra Angelico ou Giotto ?
C’est exactement ce que je propose dans le Lapisorium : une couleur Bleu Royal extraite selon les procédés ancestraux de notre pote Angelico, identiques à ceux utilisés par les peintres de la Renaissance. Pas de raccourci industriel, pas de substitut : seulement le patient travail qui sépare le bleu profond du lapis de ses impuretés, comme il y a cinq siècles.
🎨 Parce que parfois, aimer la peinture, c’est aussi aimer l’authenticité. 🕰️ Et parce qu’avouons-le : je le répète mais tout le monde n’a pas forcément le temps (ni l’équipement !) pour aller creuser dans les montagnes d’Afghanistan.
Et au Lapisorium, on l’avoue sans honte :
- on n’aime pas les pigments de synthèse (ils sont pratiques, certes… mais un peu trop sages à notre goût),
- on est un peu accros à l’odeur d’œuf pourri du soufre du lapis-lazuli (un parfum d’atelier qu’on ne trouve pas en flacon),
- et surtout, on adore partager de belles couleurs qui font plaisir aux yeux comme au cœur.
✨ Si vous aimez les choses vraies, ancestrales et intenses, venez découvrir le Bleu Royal du Lapisorium : un petit morceau de ciel médiéval à déposer sur votre papier aquarelle.
Maintenant que tu sais tout, je te laisse avec de jolies photos de cette merveille minérale.
Si tu as des questions, n’hésite surtout pas à m’écrire — je me ferai un plaisir d’y répondre avec joie et passion. 💌
À très vite,
Nina créatrice du L a p i s o r i u m







